Je te parle tout bas, au creux de l’oreille, dans ton pavillon hissé à l’ouïe gourmande. Parmi les flots incessants, certains veillent. 

 

Au sein de mes influx, fluides et breuvages, se pèlent-mêlent :

Les flottements, les errements, les somnolences fécondes. 

Le hamac, l’orgasme, les courants. 

L’eau.

Les lucidités frontales, les empathies chroniques, les fulgurances émotives. 

Les transcendances, résiliences, résistances. 

Les effluves, païennes, le naufrage. 

L’évidence, la survie, le désir. 

Les polyphonies qui frottent, tricotent et sèment.

Les teintes, nuances, tintamarres. Les cauchemars. 

La buée, le soupir, l’espoir. 

Respire. 

Lichens, mousses, canopées. Écume, large, air iodé. Macchu Picchu, Chan Chan, Señora de Cao. 

Mes créolités, crédulités, crudités. Textuelles, gastronomiques, épiques.

Les réminiscences, connaissances, renaissances. 

Les volcans. 

 

 

Mon algue sono-logique flotte quelque part entre les musiques traditionnelles sud-américaines, les sons cosmopolites de Paris, la musique dite classique et les sons concrets, du quotidien au vent. 

Sur mon étal, en vrac et sans emballage, on trouve Mercedes Sosa, Ravel, Paulinho da Viola, des graines. Chabuca Granda, Cesaria Evora, Tracy Chapman, une source. Danyel Waro, Nina Simone, Bach et des grillons. La brise, Clara Nunes, Ella Fitzgerald, Lhasa ou Satie. Totó la Monposina, des chants inuits, Bob Marley & the Wailers. Des polyphonies géorgiennes, The Roots, Soeur Marie Keyrouz et le métro parisien. Camille, Ibrahim Ferrer, Aretha Franklin, les carnavals. Rokia Traoré, des oiseaux, mes amours et plein de tambours. 

SEMAILLES

Nous sommes les semences en pagaille, les rêves en éveil, le sommeil réparateur, les erreurs créatrices. 

Nous sommes les gouttes d’eau qui débordent de la vase, les éclamoussures nourricières issues d’une fange millénaire. 

Nous sommes les petits grains des coins des têtes qui exultent, s’entrechoquent et chahutent.

Nous sommes les éclats de rire des enfants sautant dans la flaque, le papier mâchouillé et tourneboulé des sarbacanes. 

Nous sommes le carnaval, cotillons et serpentins. Les mille confettis de respirations assouvies. 

Nous sommes les jets de fontaines flamboyantes, l’ivresse de l’union, le ballet des lucioles. 

Nous sommes les cicatrices, sommes de sommes à fleur de peau. Points de suture en suspension. Mises en parallèles nous formons des échelles. Levées, soulevées, pour la terre. 

Nous sommes les nuées de passereaux, les feuilles résistantes dans l’automne. A moins que nous ne soyons les premiers bourgeons printaniers ? 

Nous sommes les points de rosée de toiles d’araignée, vivifiantes, désaltérantes. 

Nous sommes les vergetures qui durent sans souci, sans le sous aussi. Les pansements sans y penser. Les panses pleines, vides, vidées, pendantes, des bedaines aubaines.  

Nous sommes l’humus ombragé, l’entente fluide, le poitrail garni où tu viens t’assoupir. Nous sommes les élans de vie qui devinent les potentiels, tous les ciels des possibles. Nous sommes les vivaces, tenaces, et si cela ne tient qu’à un fil, il est tangible, accessible. Funambules des méandres, on s’échine à courber les angles. 

Nous sommes le collectif effectif, fictif, fautif, de quoi, on s’en fiche. 

Je prête allégeance à la chance d’être envie. J’appartiens à la sève montante, aux utopies palpables, aux sueurs absorbées pour inonder de distillats d’espérances. Folles, peut-être, peut être, sommes, somme, somme toute, toutes, à lier, alliées, allez !